Recruteurs, employeurs, je vous aime (même si je vous trouve très cons)

Madame, Monsieur,

J’accuse réception de votre courrier m’informant que ma candidature au poste d’assistante juridiquegestionnaire de contentieuxrédacteur sinistres risques diversgestionnaire coroporel indemnisationsecrétaire juridiquesecrétaire médicaleassistante commerciale, rédacteur juridique, n’a pas été retenue « malgré sa qualité ».

Je vous répondrai ceci : c’est bien dommage. Pour vous, évidemment. Pour moi, pas tellement, car lorsqu’on a suffisamment de cran pour gérer à la fois un boulot, un  mari, deux mômes, et une reprise d’études de droit dans une fac plutôt cotée, on se blinde assez vite contre les gens aussi étroits d’esprit que vous. Et le jour où on se retrouve chômeuse, on garde le sourire !

Comme après avoir quitté la fac à la fin de ma première année de droit (obtenue) j’ai du me mettre à bosser pour bouffer et payer le loyer, je justifie à ce jour de huit ans d’expérience dans le domaine du secrétariat (cinq ans en tant que secrétaire de direction et documentaliste, et trois ans en tant que secrétaire médicale en milieu hospitalier), et je suis également titulaire d’une licence de droit. Vous êtes donc le cinquantième à m’expliquer en substance que je suis trop diplômée pour des postes de secrétaire et pas vraiment assez pour exercer en milieu juridique… Vous me faites bien rire.

Ca a été très drôle de faire des coupes dans mon CV pour le limiter à une page et tenter de vous plaire sans vous faire trop peur. Ben oui, mais bon, en attendant d’être diplômée, faut bien bouffer, et je suis prête à tout. Oui, à tout. Bosser à l’usine ? Oui, aussi, mais ils ne veulent plus de moi non plus.

Je vous lèche le cul, à vous les recruteurs employeurs, dans tous les sens : aux toubibs bornés je mets sous le nez mon expérience dans le secteur médical, aux avocats péteux je tente de vendre ma licence de droit et mes compétences de secrétaire de direction, aux directeurs commerciaux je fais valoir tout un tas de trucs utiles à la profession d’assistante commerciale. En fait, à part promettre de tailler une pipe de faire le café aux clients, je me mets en quatre.

Ma conseillère ANPE se désespère et m’encourage à ne pas renoncer. Moi je garde le moral : entendre les conneries qui sortent de vos bouches de parvenus, vous qui confondez la plupart du temps employeur et recruteur, ça me fait rire. Pourtant je ratisse large, je couvre un max de domaines, mais vous êtes tous aussi navrants les uns que les autres.

Quoi que je fasse, je suis toujours « trop » : trop atypique, trop bosseuse, trop futée pour les postes auxquels je candidate, trop, trop, trop… Je sous-joue, je reste en dessous de moi-même, je tente de ne pas vous effrayer, je dissimule le fait que je suis en master 1 droit privé, je planque soigneusement l’horrible vérité qui ferait moche dans vos bureaux prétentieux, à savoir que je suis née du côté de ceux qui tiennent le manche, que seul un malencontreux hasard m’a contrainte à interrompre mon cursus universitaire, que je l’ai repris dès que j’en ai eu les moyens, et que si je suis capable de faire n’importe quel boulot de merde en disant « oui, patron » comme une gentille assistante, je n’en pense pas moins…

Et le plus drôle, c’est que je suis une excellente assistante quand je me donne la peine de jouer le jeu. Tous ceux qui m’ont fait bosser pour eux le disent. Ce qui est moins drôle, c’est que je n’ai pas le profil : vous qui me recevez, vous sentez bien que je me tiens symboliquement du même côté du bureau que vous, et que malgré mes efforts pour ne pas vous faire d’ombre, le peu de flair qui vous reste vous sert à éliminer ma candidature…

Alors je vais changer de tactique, vu que le profil bas n’a pas payé : à toutes les réponses négatives comme la vôtre, j’enverrai désormais copie de cet article en guise de pied-de-nez, pour commencer. Ca devrait briser la glace.

Ensuite, pour mes prochains entretiens, je laisserai tomber mes tenues chics et discrètes, mon étiquette de femme accomplie, mon look de bon goût et sans ostentation, pour vous jeter à la gueule mon moi profond : malgré mon statut de mère de famille étudiante bon teint, je fais le serment de me pointer à la prochaine entrevue avec une putain de jupe qui laissera voir le tatouage de ma cheville (15 cm tout de même) au-dessus de mes salomés à très hauts talons, au lieu de l’habituel pantalon ; je porterai au cou mon pendentif favori du moment (un squelette PENDU de 5 cm de long qui fait bien joli dans mon décolleté), je me ferai un oeil smoky à tomber, et je vous jetterai au visage, que vous soyez homme ou femme, un tour de nichons à vous donner envie de mourir. Ou de me tuer.

Enfin, pire que tout le reste, je répondrai à vos questions avec une honnêteté sans fards : oui, je suis une juriste qui a du interrompre ses études à 19 ans, et alors ? Oui, mon parcours est atypique, mais je suis une acharnée du boulot, ça te défrise ? Ou je me vois dans dix ans ? Mais à ta place, banane, en train de mater les nichons de ma future secrétaire alors que j’aurai viré la précédente parce qu’elle ne voulait pas passer sous le bureau parce qu’elle me coûtait trop cher vu son ancienneté et ses diplômes. Quels sont mes défauts ? Je suis trop intelligente pour le poste que tu proposes mais si tu la joues fine, tu n’y perdras pas, je fais le boulot de presque deux assistantes en totale autonomie vu que je suis complètement surqualifiée.

Voilà, comme ça vous aurez une raison valable de ne pas retenir ma candidature « malgré sa qualité ». Et si ça ne suffit pas, je vous enverrai sur mes blogs, dont un qui parle de cul sur un ton tellement « honnête » que vous parviendrez peut-être, après en avoir fait le tour, à cerner l’épouvantable recrue que je suis pour le monde du travail normal. Moi qui me tâte sur le contenu du bouquin que je dois écrire pour me faire un max de thunes (paraît que certains bloggeurs s’en sortent pas trop mal et ils ont bien raison), je pense que rédiger des chroniques sur la connerie des recruteurs pourrait être un bon plan…

Alors j’ai envie de bosser, oui, même pour des cons comme vous.

Mais pour être franche, vous aussi, finalement, je vous emmerde et ne vous salue pas, vous pouvez rejoindre Valentin.

La Peste.