Ma (nouvelle) vie de blonde

Je sors de chez le coiffeur.

Je suis blonde.

J’en rêvais depuis des années. Apparemment j’étais la seule. Mes enfants, à la sortie de l’école, m’ont gratifiée d’un “ouaaaah, comme t’es moooooooooche !”, sonore et public. Mon mec, à mon retour à la maison, m’a jeté un regard effaré et s’est mis à tirer une tronche de six pieds de long. Mon sourire hésitant n’a eu aucun écho et le verdict, sans appel, est tombé : “c’est ultra-moche”. Depuis, il fait la gueule. Comme je n’étais pas sûre, je lui ai demandé : “Mais tu vas pas faire la gueule !?!” Il m’a alors toisée froidement, et a confirmé : “c’est ultra-moche”. Bon.

Pourtant, quand je dis blonde, ça ne signifie pas ça :

 

Non, ça veut juste dire que dans ma tignasse courte et bouclée, coiffée à la diable, j’ai fait faire une multitude de mèches blond cendré qui viennent éclaircir ma chevelure, mon regard, mon esprit, mon regard sur le monde, ma vision des gens, bref qui réalisent un rêve que j’ai longtemps caressé sans oser franchir le pas. Bon, j’admets que comme le coiffeur était opposé à l’idée de la décoloration de mon chatain originel puis de la coloration blonde avec mèches brunes, on a raisonnablement opté pour un max de mèches blondes en trompe-l’oeil : donc ça donne vraiment l’impression que je suis blonde avec des mèches brunes. Vous me suivez ? Désolée, je ne suis peut-être pas claire. Mais comme je suis blonde, c’est normal que je peine à formuler des phrases complexes.

En fait, je suis ravie. Je me sens adoucie par cette blondeur nouvelle. Et carrément over-fuckable.

Le problème, c’est que je pensais naïvement pouvoir être blonde ET heureuse en ménage. Or, il semble bien qu’une guerre froide se profile à l’horizon.

Alors je pense que je vais être blonde, mariée et très mal baisée. Enfin si j’ai de la chance. Parce que vu l’atmosphère nordique de la pièce, je pense que l’abstinence totale sera mon lot quotidien.

Je ne comprends pas.

Ah zut, c’est normal : je suis blonde.