Au programme
- Quand faut-il vraiment s'inquiéter d'une constipation ?
- Les réflexes à adopter aux toilettes pour faciliter l'évacuation
- Les fibres, l'eau et les aliments qui relancent le transit
- Bouger, masser, s'installer : les gestes qui complètent l'alimentation
- Laxatifs et médicaments : ce qu'il faut savoir avant d'en prendre
- Les erreurs fréquentes qui entretiennent la constipation
- Le point de vigilance : la constipation n'est pas anodine après 50 ans
La constipation occasionnelle touche presque tout le monde à un moment ou un autre. Voyage, changement d'alimentation, stress, manque d'activité : les déclencheurs sont nombreux et rarement graves. Mais quand les selles deviennent dures, rares et difficiles à évacuer, on cherche une solution rapide. Voici ce que dit la médecine sur les remèdes qui ont fait leurs preuves, ceux qui relèvent plus du mythe, et les signes qui doivent pousser à consulter rapidement.
Quand faut-il vraiment s'inquiéter d'une constipation ?
La plupart des constipations se règlent en quelques jours avec des mesures simples. Mais certains signes doivent alerter, et l'Assurance maladie est très claire sur la marche à suivre.

Les situations qui imposent une consultation rapide
Vous devez prendre rendez-vous avec votre médecin traitant dans les jours qui viennent si vous êtes dans l'un de ces cas :
- vous avez plus de 50 ans et la constipation est apparue récemment, d'emblée importante ;
- vous remarquez du sang dans vos selles ;
- vous êtes suivi pour une maladie chronique du côlon comme la maladie de Crohn ou une rectocolite hémorragique ;
- vous souffrez d'une autre maladie chronique (diabète, maladie rénale, Parkinson) ;
- vous êtes enceinte ou vous allaitez ;
- la constipation s'accompagne de douleurs abdominales persistantes, de glaires dans les selles, de diarrhée alternant avec la constipation, ou d'une impossibilité de retenir ses selles ;
- vous perdez du poids sans raison ;
- vous prenez un médicament qui favorise la constipation ;
- malgré toutes les mesures hygiéno-diététiques, rien ne change.
Les urgences à ne pas manquer
Certaines situations ne supportent pas l'attente. Si la constipation s'accompagne de fièvre et de fortes douleurs dans le ventre, consultez votre médecin dans la journée. Si vous vomissez, avez des douleurs abdominales et ne parvenez plus à émettre de gaz, il peut s'agir d'une occlusion intestinale : contactez sans tarder le 15 ou le 112.
Les réflexes à adopter aux toilettes pour faciliter l'évacuation
Avant de parler alimentation, il y a une étape que beaucoup négligent : la position et le moment où l'on va aux toilettes. Le corps fonctionne avec des réflexes, et on peut les apprivoiser.
Le réflexe gastro-colique est un mécanisme naturel : après chaque repas, le côlon se contracte et peut déclencher un besoin d'aller à la selle. Installer un moment dédié une demi-heure à une heure après un repas, à heure fixe, permet à l'organisme de s'habituer à un rythme régulier. L'idée n'est pas de s'asseoir et d'attendre, mais de répondre présent quand le besoin se manifeste, sans le laisser passer.
La position compte aussi. Les toilettes « à la turque » ou l'utilisation d'un marchepied pour surélever les pieds modifient l'angle du canal anal et facilitent la progression des selles. Quant à l'effort de poussée, il est contre-productif : mieux vaut prendre son temps, sans forcer.
Les fibres, l'eau et les aliments qui relancent le transit
L'alimentation est le levier le plus puissant contre la constipation, à condition de s'y prendre correctement.
Comment augmenter ses fibres sans se ballonner
Les fibres alimentaires ne sont ni digérées ni absorbées par l'intestin. Elles agissent de trois façons : elles augmentent l'arrivée d'eau dans le côlon, stimulent directement l'intestin et sont fermentées par les bactéries. Cette fermentation explique les ballonnements et les gaz qui surviennent quand on passe trop vite à une alimentation riche en fibres.
La consigne est simple : augmenter progressivement sur deux semaines. L'objectif est d'atteindre 25 grammes de fibres par jour, avec une fourchette allant de 15 à 40 grammes selon les besoins et la tolérance de chacun. Passer de 10 à 40 grammes du jour au lendemain garantit des douleurs abdominales et un inconfort inutile.
Les aliments dont l'efficacité est documentée
Certains aliments ont montré des effets concrets sur le transit :
- Les pruneaux : riches en sorbitol et en fibres, ils facilitent le transit. Une portion de 8 à 12 pruneaux, soit environ 100 grammes, a démontré son efficacité dans des études cliniques.
- Le kiwi vert (type Hayward) : ses fibres et son enzyme digestive, l'actinidine, expliquent son effet positif. Une consommation régulière de deux kiwis par jour a montré des bénéfices chez les personnes constipées.
- Les graines de lin : trempées dans l'eau ou un yaourt, elles forment un gel qui aide à l'évacuation, à condition de bien s'hydrater. Les graines de chia pourraient avoir un effet similaire, mais les données scientifiques sont moins solides.
L'hydratation joue un rôle direct : un grand verre d'eau tiède au réveil peut stimuler les contractions intestinales et favoriser une selle matinale. La recommandation générale est de boire 1,5 à 2 litres d'eau par jour.
Bouger, masser, s'installer : les gestes qui complètent l'alimentation
L'activité physique stimule les muscles intestinaux. Une marche rapide de 20 à 30 minutes, du yoga avec des positions de torsion ou une respiration abdominale peuvent suffire à déclencher une selle dans la journée. Pas besoin de courir un marathon : l'effet est proportionnel à la régularité, pas à l'intensité.

Le massage abdominal circulaire, réalisé dans le sens des aiguilles d'une montre en position allongée, avec une respiration profonde, favorise les mouvements intestinaux. Prudence : il est contre-indiqué en cas de douleurs abdominales sévères ou d'inflammation.
Laxatifs et médicaments : ce qu'il faut savoir avant d'en prendre
Quand les mesures naturelles ne suffisent pas, les médicaments peuvent aider. Mais tous ne se valent pas, et certains créent une dépendance.
Les options disponibles sans ordonnance
Le lactulose est un laxatif doux, généralement bien toléré, y compris chez les nourrissons. Le macrogol (polyéthylène glycol) est recommandé en première intention chez l'enfant à partir de 6 mois, mais uniquement sur prescription médicale. Les suppositoires à la glycérine peuvent débloquer une situation ponctuelle, mais leur usage répété ou prolongé risque d'entraîner une dépendance à la stimulation rectale, particulièrement chez les enfants de moins de 3 ans.
Un point mérite d'être souligné : certains médicaments courants, y compris en libre accès en pharmacie, peuvent provoquer ou aggraver une constipation. C'est le cas des analgésiques opioïdes, des neuroleptiques et de certains antiépileptiques, qui ralentissent le mouvement des selles dans les intestins. Si vous prenez un traitement régulier et que la constipation apparaît, parlez-en à votre médecin avant d'ajouter un laxatif.
Chez le nourrisson et l'enfant : des règles spécifiques
Chez les bébés allaités exclusivement, la constipation est rare et il est inutile d'ajouter de l'eau. Pour les bébés au lait infantile, il faut d'abord vérifier que le lait est bien reconstitué, puis éventuellement changer de lait sur avis médical. Après la diversification, les fruits cuits riches en fibres (pruneaux, poires, abricots, pommes sans peau) sont introduits progressivement, en évitant les aliments constipants comme les carottes cuites et le riz.
Chez l'enfant plus grand, en l'absence de signes d'alerte (amaigrissement, fièvre, sang, vomissements), la prise en charge commence à domicile : hydratation régulière, aliments riches en fibres, activité physique et un moment dédié aux toilettes après les repas. Un repose-pieds peut aider les petits à adopter une position favorable.
Les erreurs fréquentes qui entretiennent la constipation
Certaines habitudes, prises à l'envers, aggravent le problème au lieu de le résoudre.
Se retenir d'aller à la selle est l'erreur la plus classique. On remet à plus tard parce qu'on est pressé, au travail, en déplacement. Le besoin finit par disparaître, les selles restent dans le côlon, se dessèchent et deviennent plus dures. Plus on attend, plus l'évacuation devient difficile, et plus on a tendance à se retenir à nouveau. Un cercle vicieux s'installe.
L'effort excessif pour pousser est une autre erreur. Il ne facilite pas le passage des selles, il augmente la pression dans le canal anal et peut favoriser les hémorroïdes ou les fissures. La position surélevée avec un marchepied fait une partie du travail à la place de la poussée.
Enfin, l'augmentation brutale des fibres est contre-productive. Les ballonnements et les douleurs qui en résultent poussent souvent à tout arrêter, alors qu'une progression sur deux semaines aurait permis à l'intestin de s'adapter.
Le point de vigilance : la constipation n'est pas anodine après 50 ans
La constipation survient plus fréquemment après 60 ans, et elle peut révéler un problème sous-jacent. Une constipation d'apparition récente et importante chez une personne de plus de 50 ans, sans cause évidente, justifie un avis médical même en l'absence d'autres symptômes. De même, une constipation qui alterne avec des diarrhées, ou qui ne cède pas malgré deux semaines de mesures hygiéno-diététiques bien menées, mérite un bilan.
La règle pratique : tant que la constipation est occasionnelle, liée à un contexte identifié (voyage, changement d'alimentation) et qu'elle cède avec les mesures simples, on peut la gérer seul. Dès qu'elle devient récurrente, qu'elle s'accompagne d'autres symptômes ou qu'elle résiste aux changements d'habitudes, il faut consulter. Le médecin pourra identifier une cause précise, vérifier l'impact des médicaments pris par ailleurs et proposer un traitement adapté si nécessaire. Mieux vaut un rendez-vous qui s'avère inutile qu'une occlusion intestinale passée inaperçue.