Sous le charme d’un homme qui sait parler aux femmes

C’est pas tous les mecs qui savent faire vibrer une nana, juste en entrant dans la pièce. Mais parfois, le miracle se produit et la femme délicate et sensible que je suis (toi qui ricanes, sors d’ici tout de suite !) se trouve conquise.

Et le plus fort, c’est que le type qui m’a charmée juste en entrant dans la pièce, ben c’est même pas dans une pièce où j’étais qu’il est entré : c’est dire la force de son magnétisme !

Cet homme miraculeux est le collègue de bureau d’une amie très chère (voire hors de prix, vu mes factures de téléphone et les siennes depuis qu’on se connaît). Alors j’ai bien dit collègue de BUREAU, donc à première vue un endroit où l’on vaque à des occupations un peu classe, voire limite show-business. Pas l’arrière-boutique du garagiste du coin. Quoique. Je finis par me demander ce que foutent les gens dans cette boîte… Notamment cet homme-là, dont la tournure d’esprit me ravit.

Déjà, il a la voix de l’ultimate bombasse. Une voix grave et chaleureuse qui, même distordue par les horreurs que me raconte ma copine, déverse dans mon oreille en chaleur du miel et des pétales de roses, assortis d’un petit chouïa de cambouis quand même, ce qui est encore mieux parce que du coup ça colle pas, ça glisse… Pfiouuuu, fait chaud, là… Donc, Copine, tu sauras que tant que ton collègue est dans la pièce, tout ce que je tu me dis devra être répété pour que j’imprime, vu que je guette, derrière ta voix, le souffle rauque du Hell’s Angel qui déballe ses colis de pièces détachées… Ouais, je sais que j’ai dit plein de belles choses sur l’amitié, mais merde, comprends-moi : entre toi et mes hormones, y a pas photo ma chérie !

Ensuite, c’est un type délicieux qui a bien compris que les bonnes relations de travail s’entretiennent par de petits présents : et ce mec, il a du goût, je te le garantis. Par exemple, il déboule dans le bureau en faisant un gros boucan bien viril, interrompant quasiment la conversation entre ma copine et moi (comme si elle pouvait avoir autre chose à faire au boulot que de parler avec moi), et il largue sur son espace de travail ce truc magnifique :

 

Ca te parle pas ? Pffff… T’es nulle. C’est une culasse avant, pour une Harley Davidson 883 Sportster. C’est pas super érotique comme accessoire ? Paraît qu’il en a plein le bureau de ce genre de trucs. Même que les collègues ont été obligé(e)s de déplacer la collection de jouets Kinder qui trônait en bonne place pour soigner l’image de la boîte (au passage, beau travail de com’). Moi ça me colle des frissons partout : sans déconner, ce mec il a juste la grande classe.

Et puis il y a aussi les jours où tu ne sais que choisir, parce qu’il t’apporte ceci :

Naaaan, me dis que tu vois pas ce que c’est ! Bon, allez, je t’affranchis : c’est un enjoliveur pour poulie secondaire (70 dents), toujours pour une Harley… C’est pas chou, ça, pour séduire les collègues de boulot ? Mais attention, il peut aussi te larguer ça entre le Mac et le téléphone :

Et là, tout de suite tu sens que ses intentions se précisent. Finesse, élégance et tact se combinent dans cet accessoire de toute beauté, pour bien te faire comprendre qu’il va te refaire les niveaux, encore mieux que dans tes rêves les plus fous.

Ok, je te fais pas languir : c’est une jauge à huile, sportster Harley toujours (mmm, chuis branchée Harley moi ce soir, ça sent le fantasme du motard sauvage à plein nez !).

Bref, tout le monde aura compris que je kiffe grave le biker qui bosse dans le show business et utilise son bureau comme dépôt de pièces détachées. Exhale-t-il cette délicieuse fragrance propre aux mecs qui plongent dans les moteurs, à savoir cette senteur unique mêlant une pointe d’huile chaude, une touche de cambouis et parfois un vague relent d’essence, sans oublier un petit parfum de forêt, à cause de la sciure qu’il a été obligé d’étaler par terre dans le garage à la dernière vidange, rapport au fait qu’il avait vu un peu juste avec le récipient qui devait recueillir l’huile usagée ? Ou pousse-t-il l’hypocrisie jusqu’à sentir l’eau de toilette et l’Ariel Fraîcheur Alpine, ce fourbe ?

Vient-il bosser en cravate, cet hypocrite peloteur de carbus, ou distingue-t-on, dépassant à peine de la poche arrière de son jeans, le renflement révélateur d’une clé Allen ? Une clé Allen ? Ben c’est une clé HC, ou une clé mâle six pans si tu préfères (tout de suite ça te parle mieux, je le sens…), bref le truc avec lequel tu serres les têtes de boulons qui ont une empreinte hexagonale creuse.

Alors sache une chose, toi le collègue à la voix profonde et aux pièces détachées, tu sais peut-être parler aux femmes et les gâter : mais moi, je sais parler aux hommes qui savent parler aux femmes.

Prends garde à toi !